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Une avocate, interviewée voilée au JT, porte plainte après avoir été accusée "d'islamiser la France"
information fournie par AFP 20/05/2026 à 12:33

La militante féministe et antiradicalisation islamiste Henda Ayari, à gauche, et à sa droite son avocat David-Olivier Kaminski, le 2 mars 2026 au palais de justice de Paris ( AFP / Dimitar DILKOFF )

La militante féministe et antiradicalisation islamiste Henda Ayari, à gauche, et à sa droite son avocat David-Olivier Kaminski, le 2 mars 2026 au palais de justice de Paris ( AFP / Dimitar DILKOFF )

Une avocate peut-elle porter le voile en France ? Oui, hors audience. L'une d'entre elles a pourtant été accusée "d'islamiser la France" alors qu'elle était interviewée voilée par TF1. Elle a porté plainte à Paris, se disant "inquiète de l'avenir de l'Etat de droit en France".

Me Youssra Marzouq affirme vouloir, avec ses plaintes déposées lundi, alerter "sur la banalisation des discours de haine" en France et sur le dévoiement de la "laïcité comme arme de restriction des femmes musulmanes".

Le 4 novembre 2025, Me Marzouq, avocate parisienne en droit des affaires, avait été interviewée dans son cabinet par TF1 sur les arnaques lors de revente de boulangeries. Ses cheveux étaient couverts d'un foulard.

"L'islamisation de la France est en marche", avait alors publié sur X Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante antiradicalisation islamiste.

"Je découvre, devant le journal de TF1 que des avocates en France portent le voile (...). En tant qu'ancienne femme voilée, je suis mal à l'aise, devant ce symbole d'oppression des femmes qui se banalise dans toutes les catégories de métier en France", poursuivait Mme Ayari, y voyant un "islamisme rampant".

"Je n'ai pas peur de ces femmes qui portent le voile, j'ai peur de l'idéologie qu'elles propagent en imposant leurs tenues islamiques un peu partout dans la société. Ce sont elles les principales propagatrices de cette idéologie dangereuse", avançait-elle encore.

"Aucun texte n'interdit à une avocate portant le voile, ou tout autre signe distinctif, de participer, hors audience, à une intervention médiatique en qualité de professionnelle de droit", a de son côté rappelé la section parisienne du Syndicats des avocats de France (SAF), exprimant dans un communiqué "sa pleine solidarité" avec la plaignante.

Une avocate, Lara Fatimi, a republié le post de Mme Ayari, en reprochant à TF1 d'avoir interviewé une avocate portant un voile sur les "32.000 avocats" du Barreau de Paris, y voyant un "glissement idéologique" auquel elle appelait à "résister sans trembler".

- "Liberté de croire" -

Jérome Karsenti, l'un des avocats de Youssra Marzouq, le 18 octobte 2021, à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Jérome Karsenti, l'un des avocats de Youssra Marzouq, le 18 octobte 2021, à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

"J'ai été sonnée" à la lecture de ces publications, a confié Me Marzouq lors d'une conférence de presse aux côtés de ses avocats Jérome Karsenti, Kristel Lepeu, Slim Ben Achour et Emmanuel Daoud.

"Je suis présentée comme étant une menace publique, alors que ce je fais, pendant cinq secondes de reportage, c'est parler de fonds de cession de boulangeries, ce qui relève de mes compétences d'avocate."

Avec ces publications, "on considère que voir une personne qui porte un voile est attentatoire aux valeurs républicaines", alors qu'"à aucun moment la République française n'interdit le culte", ni "d'apparaître avec certains signes religieux".

Me Marzouq, "née en Île-de-France", assure avoir vécu "un avant et un après" sa décision de porter le voile, il y a "un an et demi". Jusqu'alors, elle n'avait "jamais ressenti le racisme", mais "c'est qu'il n'y avait rien en moi qui reflétait ma différence".

Me Marzouq tient à souligner porter le voile "par pur cheminement spirituel, comme résultante de (s)a liberté de croire". "Le féminisme, c'est pouvoir dire: +J'ai lu (Simone de) Beauvoir, (Simone) Veil, c'est bien pour ça que j'en suis là, et oui, en lisant, en m'émancipant, j’ai décidé d’être cette version-là de moi-même".

Surtout, l'avocate s'inquiète d'une "stigmatisation" des musulmans en France, "pointés du doigt". "Si des personnes ont osé attaquer et humilier un avocat" comme elle, "qu'en est-il des personnes les plus vulnérables ?".

Les deux plaintes, déposées avec constitution de partie civile par Me Marzouq et l'association La Maison des Potes dénoncent des injures publiques et de la provocation à la discrimination, en raison de l'appartenance à une religion.

Sur X, Henda Ayari a fustigé des plaintes qui chercheraient à "la faire taire". "J'ose le dire, il s'agit du djihad judiciaire", a-t-elle lancé. Sollicité par l'AFP, son avocat, David-Olivier Kaminski, a estimé que sa cliente avait, dans son post, "évoqué son expérience personnelle et sa propre opinion".

De son côté, Lara Fatimi a indiqué à l'AFP découvrir ces plaintes et ne pas être "en mesure d'apporter de commentaire utile à ce stade".

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